Qualité de vie au travail et fonctions de direction : entre exigences et équilibre

Afin de pouvoir assurer la qualité de vie au travail des personnels des EPLE, les personnels de direction doivent eux aussi pouvoir travailler dans de bonnes conditions et une réflexion sur la charge de travail doit être engagée.

Personnels non remplacés, manque de visibilité sur les moyens alloués, calendriers intenables et difficultés de communication avec les services dégradent fortement les conditions de travail des personnels de direction.

Ces éléments ont été rappelés lors des réunions de mars et avril 2026 avec le Recteur et les directions académiques des trois départements de l’académie de Créteil. Voici notre déclaration :

Monsieur le Recteur,

Nous vous remercions pour l’organisation de ces réunions départementales et pour l’opportunité qui nous est donnée de nous exprimer aujourd’hui. Cette prise de parole est précieuse : elle nous permet de porter la voix des personnels de terrain, d’évoquer les réalités que nous vivons au quotidien et de partager nos attentes.

Pour introduire notre propos, permettez-nous de rappeler les mots de Samuel Beckett : « Il faut continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer, je vais donc continuer. Il faut dire des mots, tant qu’il y en a, il faut les dire. »

Ces mots résonnent particulièrement aujourd’hui. Oui, nous continuons. Mais nous continuons en questionnant le sens de nos actions, tant les urgences se multiplient, se superposent et s’entrechoquent.

Cette tension s’est encore illustrée ces dernières semaines, alors que nous sortons tout juste de la campagne de remontée des moyens pour la rentrée 2026. Cette phase de travail a été dense pour tous les cadres, en EPLE comme dans les services. Dense en raison d’un calendrier contraint, que chacun connaît désormais. À peine cette étape achevée, nous enchaînons déjà avec une nouvelle phase d’opérations à mener d’ici la fin de l’année, dans un calendrier une fois encore extrêmement contraint. Cette instabilité fragilise notre pilotage et accroît la pression sur les équipes.
À cette organisation déjà complexe s’ajoutent les incertitudes liées aux annonces ministérielles. Le plan « collège en progrès » questionne. Sur le terrain, les équipes commencent à mesurer les conséquences organisationnelles et humaines de ce dispositif. Les collectifs de travail se trouvent fragilisés, et les équipes de direction doivent gérer des ajustements complexes dans un contexte déjà très contraint. C’est pourquoi nous attirons votre attention sur la nécessité d’un accompagnement renforcé et d’une visibilité accrue pour les établissements concernés.
Cette nouvelle priorité s’inscrit dans une dynamique plus large, où une directive institutionnelle en chasse une autre, sans évaluation préalable, alors même que l’évaluation des élèves et des EPLE est une obligation.

À ces difficultés structurelles s’ajoutent des signaux plus immédiats qui interrogent notre capacité à piloter sereinement. Que dire des parts de pacte reprises en mars ? Que dire de l’enveloppe « Devoirs faits » qui est arrivée très tardivement ? Que dire encore du Pass Culture, versé en mars pour une consommation avant le 30 juin ? Aujourd’hui, nous craignons même que l’engagement de recréditer les reliquats en septembre ne puisse être tenu. La multiplication des missions de référents se fait sans que des moyens (IMP) spécifiques ne soient déployés. Ces incertitudes successives pèsent lourdement sur notre capacité à piloter sereinement.

Dans ce contexte déjà tendu, nous tenons à exprimer toute notre solidarité envers notre collègue de Mitry-Mory, injustement exposé et mis en cause alors que ses équipes avaient traité avec rigueur, professionnalisme et objectivité une situation particulièrement complexe.

Gérer les tensions au sein d’un établissement scolaire ne se réduit pas à la seule prise en charge de situations de harcèlement. Les personnels de direction assument quotidiennement des responsabilités multiples, souvent dans l’urgence, et toujours dans l’intérêt des élèves comme des équipes.

Nous savons, Monsieur le Recteur, que vos services ont accompagné et soutenu notre collègue, et nous vous en remercions. En revanche, nous constatons l’absence de messages de soutien de la part de responsables politiques ou médiatiques, pourtant prompts à désigner – parfois à tort – le proviseur et l’établissement comme uniques responsables de situations qui dépassent largement leur seule action.

Nous appelons à ce que soit reconnue et appliquée aux personnels de direction une véritable « présomption de compétence », indispensable pour garantir l’exercice serein de leurs missions et pour éviter que des accusations infondées ne viennent fragiliser encore davantage un métier déjà soumis à de fortes pressions.

Cette situation nous conduit naturellement à évoquer une revendication centrale de la CFDT Éducation : il est temps d’adapter nos missions à notre temps de travail.

Protéger la santé des cadres passe par là. Car chacun le sait : des conditions de travail dégradées augmentent mécaniquement les risques psychosociaux La CFDT rappelle la limite hebdomadaire de 48h, au maximum sur 5 journées, et le principe selon lequel les personnels de direction organisent leur présence dans l’intérêt du service, sans être tenus d’assurer en présentiel l’intégralité du temps de présence des élèves.
L’École traverse une crise de sens que les personnels d’encadrement ne peuvent pas absorber seuls.

Au cœur de toutes ces évolutions, de toutes ces contraintes et de toutes ces tensions, il ne faut jamais perdre de vue l’essentiel : les élèves et leur réussite. Les personnels de direction, comme l’ensemble des équipes éducatives, œuvrent chaque jour pour garantir un cadre d’apprentissage sécurisant, exigeant et bienveillant. Mais pour que chaque élève puisse progresser, s’épanouir et trouver sa place, encore faut-il que les établissements disposent de conditions de fonctionnement stables, lisibles et soutenues. La réussite des élèves ne peut être dissociée de la qualité de vie au travail des adultes qui les accompagnent. C’est pourquoi la CFDT Éducation rappelle que l’amélioration des conditions d’exercice des personnels n’est pas une revendication corporatiste : c’est une condition indispensable pour assurer pleinement la mission de service public d’éducation.

C’est dans cet esprit que nous portons nos valeurs. Anticiper, consulter, décider, agir : pour La CFDT Éducation, ces verbes ne sont pas de simples intentions. Ils incarnent une intelligence collective, nourrie de valeurs fortes, que nous défendons et mettons en œuvre au quotidien.

Ces valeurs guident également notre engagement en faveur de l’égalité professionnelle. Les résultats du premier tour des mobilités sont désormais connus : certains personnels ont obtenu satisfaction, d’autres non. La CFDT Éducation continuera de soutenir les mobilités des femmes, qui doivent, au même titre que leurs collègues masculins, être promues et mutées sur des postes pleinement à la hauteur de leurs compétences. L’égalité professionnelle implique également un traitement équitable entre les femmes et les hommes, mais aussi entre les adjoints et l’ensemble des personnels au sein de notre institution. La CFDT sera d’une extrême vigilance sur les Violences sexuelles et sexistes, qu’elles s’exercent à l’encontre des personnels sous leur responsabilité ou qu’elles soient en direction des personnels de direction et en particuliers des adjointes.

Comme le rappelait Élisabeth Badinter, «chaque fois que l’on fait passer nos différences avant nos ressemblances, on met le doigt dans un processus d’affrontement». À la CFDT Éducation, nous tenons à mettre en lumière l’importance de valoriser ce qui nous rassemble plutôt que de nous concentrer uniquement sur ce qui nous distingue. C’est ainsi que se construit une communauté professionnelle solide, respectueuse et tournée vers l’intérêt général.

Enfin, nous rappelons à nos collègues que les organisations syndicales participent pleinement à l’amélioration du service public. Nous les invitons à s’engager aux côtés de la CFDT Éducation et à nous soutenir afin que leur voix porte toujours davantage.

Monsieur le Recteur, Mesdames et Messieurs, chers collègues, nous vous remercions de votre attention et renouvelons, au nom de la CFDT Éducation, pour l’ensemble de cette assemblée et de leurs collectifs de travail, nos souhaits les plus sincères de réussite, de confiance et de sérénité dans les missions qui nous rassemblent.