Évaluations nationales : non, non et non !

Cette année encore, le ministère continue d'imposer les évaluations nationales standardisées du CP à la 4ème, alors qu'elles n'ont toujours pas fait leur preuve, 9 ans après leur mise en place.

Les évaluations nationales n’existent dans aucun texte règlementaire, seulement dans une circulaire de rentrée. Les enseignant⋅es ne les ont pas attendues pour réaliser des évaluations diagnostiques afin de construire le parcours de leurs élèves.
Dans le premier degré, la saisie informatique impose une charge de travail supplémentaire sans reconnaissance réelle.
La CFDT Education Formation Recherche Publiques avec l’intersyndicale rappelle la demande de l’abandon du caractère obligatoire des évaluations. La CFDT continue de demander une compensation financière ou horaire de la charge de travail générée, pour tous les professeur⋅es des écoles concerné⋅es.

Une utilité pédagogique contestable à tous les niveaux

Depuis le début de la mise en place, il y a 9 ans, la CFDT dénonce le caractère inutile voire contre-productif de ces évaluations.
La passation de ces évaluations nationales doit se faire début septembre. Est-il nécessaire de rappeler que le mois de septembre est un mois de rentrée où les habitudes scolaires se remettent en place petit à petit et où les connaissances et compétences sont réactivées progressivement ? Certains exercices désarçonnent les élèves qui reviennent de vacances et se retrouvent en échec.
La CFDT insiste pour dire que les enseignant·es, ingénieur·es pédagogiques, n’en ont pourtant aucunement besoin pour penser la pédagogie de leur classe, pour remédier aux difficultés rencontrées par leurs élèves.

Un mauvais indicateur de pilotage

Les évaluations nationales sont considérées par le ministère comme un outil central de pilotage du système éducatif, voire le seul. Comme si ces données chiffrées étaient totalement objectives. Mais un indicateur unique ne peut suffire à piloter un système complexe et toute une politique éducative.

En centrant toute la logique sur les soi-disant fondamentaux mathématiques et français, on occulte toutes les réussites ailleurs, dans les autres disciplines, les « éducations à », ou encore le climat scolaire.

D’autre part, si le Ministère avait véritablement besoin de données  pour piloter le système éducatif, il peut très bien le faire via des panels plutôt que de faire des évaluations massives, coûteuses financièrement.

Des interrogations sur la gestion des données des élèves

Les évaluations nationales sont opérées par un prestataire privé. Ce recours à un prestataire privé pose une question de souveraineté. Sans compter que les données d’éducation de plus de 8 millions d’élèves français sont hébergées sur une plateforme américaine…
Les représentants légaux peuvent exercer leurs droits d’accès, de rectification, de limitation et d’opposition en application des articles 15, 16, 18 et 21 du RGPD à l’adresse mail suivante : saisine-evaluations@education.gouv.fr

Dans les écoles, une passation papier qui prend du temps sur les apprentissages

Elles mobilisent un temps conséquent qui pourrait être consacré à autre chose. Un temps de travail non reconnu, pas suffisamment compensé, non rémunéré : une forme de bénévolat en quelque sorte.
Entre déplacement pour récupérer les livrets en circonscription, saisies des résultats pour les élèves de classes élémentaires (pour les plus rapides, 12 minutes par livret), concertations entre collègues (2h à 3h de conseils de cycle) et retours des résultats aux parents (15 minutes minimum par élève), ces évaluations demandent un travail et un temps considérables aux équipes dans les écoles. Les 6 heures de compensation sur les APC dans le premier degré sont largement atteintes, et ne suffisent pas. Nous le répètons depuis plusieurs années.
La CFDT demande 9 heures de décharge sur le temps de classe ou une rémunération équivalente pour chaque enseignant⋅e concerné⋅e par ces évaluations.

Le temps consacré à ces évaluations prive les élèves de temps consacrés aux apprentissages. Il y a un paradoxe : les 6 heures de compensation actuelles sont prises sur les APC. Or ces temps d’APC sont justement des temps d’enseignement privilégiés, en petits groupes, qui sont bénéfiques pour les élèves ! La France se classe d’ailleurs parmi les derniers pays pour le soutien des élèves dans la dernière enquête PISA.

Evaluer les élèves ou les enseignants ?

Dans le premier degré, évaluer les élèves dès cette rentrée sur les nouveaux programmes de mathématiques est un non-sens. Dès cette année, le travail sur les fractions est évalué dans le livret CE2. Il aurait été plus judicieux d’attendre la rentrée 2028 pour évaluer les acquis des élèves sur ces nouvelles notions, qui auraient été approfondies sur plusieurs année.
Quelle est donc l’objectif réel : évaluer les élèves ou la mise en œuvre des nouveaux programmes par les enseignants ?
La pression de certains inspecteur⋅ices sur les équipes pédagogiques est insupportable : thèmes imposés dans les constellations, imposition de résidences pédagogiques. L’objectif annoncé est clair : faire entrer les écoles dans la moyenne départementale. Pire, on a même vu des inspecteur⋅ices demander à des enseignant·es de changer de niveau pour l’année suivante. Les résultats de leurs élèves étant jugés insatisfaisants, remettant ainsi en cause leur professionnalisme, et l’autorité fonctionnelle du directeur⋅rice.
Pour la CFDT, de telles pratiques sont délétères et inacceptables.
A quand une véritable confiance dans les professionnels dans les écoles et les collèges ? Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, ces évaluations nationales standardisées sont l’un des marqueurs du manque de confiance de notre ministère envers ses personnels.

Huit ans et toujours aucun effet sur les résultats des enquêtes internationales

Alors qu’en 2018 ces évaluations devaient permettre de faire remonter la France dans les classements internationaux, 9 ans après on peut constater que c’est un échec. La France régresse et plus vite que les autres pays. Quelle efficacité pour tous les changements opérés sous la présidence d’Emmanuelle Macron !
Notre école est toujours un peu plus inégalitaire. Pourtant le ministère persiste et n’active pas d’autres leviers.