Lettre aux parents : pour qui, pour quoi ?

Suite à la dernière agression au couteau, le Ministre de l’Éducation nationale a choisi d’écrire aux parents un très long courrier. Les chefs d’établissement et les directeur·rices d’école sont chargés de le leur transmettre.

Quel est l’objectif réel visé par cette lettre ? Rassurer un certain type d’électorat ? Communiquer ? Faire culpabiliser certaines familles ? Cette décision sans concertation fait une fois de plus la démonstration d’une vision pyramidale qui oublie la diversité des territoires, des familles, des écoles, des établissements scolaires.

Une lettre aux parents avec un fond louable mais…

Les événements mettant en cause des jeunes munis de couteau agressant des personnels dans les écoles et les établissements sont intolérables. Un·e enseignant·e ou tout autre personnel ne peut venir au travail dans la peur d’une agression. La CFDT reste très préoccupée par l’état de santé de notre collègue du collège de Sanary-Sur-Mer et garde en mémoire les collègues et les élèves décédé·es à la suite de telles attaques, sait le long chemin de la reconstruction pour celles et ceux qui ont été grièvement blessé·es.

Le courrier du Ministre en appelle à la responsabilité des familles en leur demandant de jouer leur rôle éducatif. Pour la CFDT, c’est surtout un exercice de communication. Le ministre devrait plutôt œuvrer au renforcement de la coéducation avec les familles et des alliances éducatives. Tandis que le ministre semble réduire les missions de l’École à instruire et protéger en oubliant la dimension éducative.

Pour la CFDT, il faut construire des alliances éducatives entre les acteurs d’un territoire pour rencontrer, accompagner, sensibiliser l’ensemble de la communauté éducative et notamment les jeunes, les enfants. C’est avant tout une relation humaine que l’on a besoin de construire, basée sur la confiance mutuelle.

Un courrier peu adapté et infantilisant

L’idée de l’École sanctuaire est une illusion. On ne pourra construire l’enfant, le jeune qu’en l’entourant, en l’accompagnant dans ses questionnements, son parcours de vie. La CFDT dénonce les tournures culpabilisantes du courrier vis-à-vis des familles. Penser que des parents laisseraient partir leur enfant au collège, au lycée, voire à l’école avec un couteau dans leur cartable est là encore réducteur. C’est aussi mal connaître le quotidien des familles. Combien d’enfants, de jeunes quittent leur domicile seuls, en autonomie, parce que leurs parents sont déjà partis travailler ?

La forme de ce courrier est aussi problématique. Sa longueur et le lexique employé le rendent inadapté à une large compréhension. Il aurait sans doute fallu dès le départ des visuels, des documents abordables par tout un chacun permettant de poser ce que l’on attend des familles. Rien n’est à ce jour prévu en ce sens. Pour la CFDT, l’outil utilisé n’est pas le bon.

Pour la CFDT, il faut regarder cette problématique dans une réflexion sociétale : la place du travail, la place de l’enfant dans le cercle familial et dans la société dans son ensemble, la place des écrans et des réseaux sociaux.

Des jeunes ne vont pas bien, mais que fait-on pour qu’ils aillent mieux ?

De nombreux rapports montrent que des jeunes ne vont pas bien du fait de la précarité dans laquelle ils vivent, ou parce que leur santé mentale est dégradée. De plus en plus de jeunes répondent à leur mal-être par de la violence sur eux-mêmes ou envers les autres, adultes comme camarades. Une partie de ces jeunes, compte tenu du manque de disponibilité des adultes, passent sous les radars et on ne les découvre que lorsqu’ils passent à l’acte.

Pour la CFDT, ce n’est pas avec un courrier aux familles, ce n’est pas avec de nouvelles couches de dispositifs ou de protocoles administratifs — sans moyens supplémentaires — que l’on va permettre à ces jeunes, à ces enfants d’aller mieux. Il faut des humain·es formé·es, disponibles et surtout en nombre suffisant pour pouvoir répondre et faire de la prévention. Le Ministère en a conscience et communique sur la nécessité que l’Aide Sociale à l’Enfance soit une priorité. Problème, là encore, il n’y a pas d’actes derrières ces intentions. Le budget ne lui donne pas les moyens d’avoir les personnels nécessaires pour ses missions.